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  Candide de Voltaire

         
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: Candide de Voltaire   2008-09-08, 11:01








Candide de Voltaire




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CANDIDE ou l'optimisme








1-

Candide l'optimisme

Candide . : naf ̡

L'optimisme . . . .





2-



Voltaire Leibniz.

Voltaire : Le conte philosophique. . ɿ



3- Le conte philosophique

Voltaire Leibniz . " ".
: Pangloss Leibniz
Candide Pangloss.
Candide .




4- l'ironie

Voltaire . ɡ .



5-

Candide . son corps annonce son me

Le baron . candide. . "" .

la baronne . . "" . .

le fils du baron .

Cungonde 17 . Voltaire .

Pangloss . Leibniz .

Candide le baron . . Candide . Cungonde le fils du baron.




6-

Pangloss .
Cungonde Pangloss . Pangloss .
Candide . Le baron Candide . . .
bulgares . . . .
Pangloss. . ѡ .
Candide Cungonde .
Lisbonne. .
ɡ L'inquisition mcrants hrtiques impies . l'autodaf.
ѡ parrain ɡ ( ) Candide pangloss.
ޡ . Candide. Cungonde . . . . .
. ѡ .
ӡ Cungonde. ǡ ȡ Candide .
Candide . . Le fils du baron. . . Candide .
ɡ Candide Cacambo : ȡ ... L'eldorado. L'eldorado Cungonde .
ˡ ǡ ɡ ɡ Candide Pangloss. .
Candide ǿ
. . ǡ . :
Chacun cultive son jardin.









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: : Candide de Voltaire   2008-10-20, 02:11

CHAPITRE PREMIER

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COMMENT CANDIDE FUT ÉLEVÉ

DANS UN BEAU CHÂTEAU,

ET COMMENT IL FUT CHASSÉ D'ICELUI


Il y avait en Westphalie, dans le chteau de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garon qui la nature avait donn les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonait son me. Il avait le jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple ; c'est, je crois, pour cette raison qu'on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison souponnaient qu'il tait fils de la soeur de monsieur le baron et d'un bon et honnte gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais pouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre gnalogique avait t perdu par l'injure du temps.

Monsieur le baron tait un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son chteau avait une porte et des fentres. Sa grande salle mme tait orne d'une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin ; ses palefreniers taient ses piqueurs ; le vicaire du village tait son grand aumnier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.

Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s'attirait par l une trs grande considration, et faisait les honneurs de la maison avec une dignit qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cungonde, ge de dix-sept ans, tait haute en couleur, frache, grasse, apptissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son pre. Le prcepteur Pangloss tait l'oracle de la maison, et le petit Candide coutait ses leons avec toute la bonne foi de son ge et de son caractre.

Pangloss enseignait la mtaphysico-thologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le chteau de monseigneur le baron tait le plus beau des chteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.

Il est dmontr, disait-il, que les choses ne peuvent tre autrement : car, tout tant fait pour une fin, tout est ncessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont t faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement institues pour tre chausses, et nous avons des chausses. Les pierres ont t formes pour tre tailles, et pour en faire des chteaux, aussi monseigneur a un trs beau chteau ; le plus grand baron de la province doit tre le mieux log ; et, les cochons tant faits pour tre mangs, nous mangeons du porc toute l'anne : par consquent, ceux qui ont avanc que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux.


Candide coutait attentivement, et croyait innocemment ; car il trouvait Mlle Cungonde extrmement belle, quoiqu'il ne prt jamais la hardiesse de le lui dire. Il concluait qu'aprs le bonheur d'tre n baron de Thunder-ten-tronckh, le second degr de bonheur tait d'tre Mlle Cungonde ; le troisime, de la voir tous les jours ; et le quatrime, d'entendre matre Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par consquent de toute la terre.

Un jour, Cungonde, en se promenant auprs du chteau, dans le petit bois qu'on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leon de physique exprimentale la femme de chambre de sa mre, petite brune trs jolie et trs docile. Comme Mlle Cungonde avait beaucoup de dispositions pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expriences ritres dont elle fut tmoin ; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s'en retourna tout agite, toute pensive, toute remplie du dsir d'tre savante, songeant qu'elle pourrait bien tre la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussi tre la sienne.

Elle rencontra Candide en revenant au chteau, et rougit ; Candide rougit aussi ; elle lui dit bonjour d'une voix entrecoupe, et Candide lui parla sans savoir ce qu'il disait. Le lendemain aprs le dner, comme on sortait de table, Cungonde et Candide se trouvrent derrire un paravent ; Cungonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa, elle lui prit innocemment la main, le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacit, une sensibilit, une grce toute particulire ; leurs bouches se rencontrrent, leurs yeux s'enflammrent, leurs genoux tremblrent, leurs mains s'garrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprs du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du chteau grands coups de pied dans le derrire ; Cungonde s'vanouit ; elle fut soufflete par madame la baronne ds qu'elle fut revenue elle-mme ; et tout fut constern dans le plus beau et le plus agrable des chteaux possibles.


CHAPITRE SECOND

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CE QUE DEVINT CANDIDE

PARMI LES BULGARES


Candide, chass du paradis terrestre, marcha longtemps sans savoir o, pleurant, levant les yeux au ciel, les tournant souvent vers le plus beau des chteaux qui renfermait la plus belle des baronnettes ; il se coucha sans souper au milieu des champs entre deux sillons ; la neige tombait gros flocons. Candide, tout transi, se trana le lendemain vers la ville voisine, qui s'appelle Valdberghoff-trarbk-dikdorff, n'ayant point d'argent, mourant de faim et de lassitude. Il s'arrta tristement la porte d'un cabaret. Deux hommes habills de bleu le remarqurent : Camarade, dit l'un, voil un jeune homme trs bien fait, et qui a la taille requise. Ils s'avancrent vers Candide et le prirent dner trs civilement. Messieurs, leur dit Candide avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d'honneur, mais je n'ai pas de quoi payer mon cot. -- Ah ! monsieur, lui dit un des bleus, les personnes de votre figure et de votre mrite ne payent jamais rien : n'avez-vous pas cinq pieds cinq pouces de haut ? -- Oui, messieurs, c'est ma taille, dit-il en faisant la rvrence. -- Ah ! monsieur, mettez-vous table ; non seulement nous vous dfrayerons, mais nous ne souffrirons jamais qu'un homme comme vous manque d'argent ; les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres. -- Vous avez raison, dit Candide : c'est ce que M. Pangloss m'a toujours dit, et je vois bien que tout est au mieux. On le prie d'accepter quelques cus, il les prend et veut faire son billet ; on n'en veut point, on se met table : N'aimez-vous pas tendrement ?... -- Oh ! oui, rpondit-il, j'aime tendrement Mlle Cungonde. -- Non, dit l'un de ces messieurs, nous vous demandons si vous n'aimez pas tendrement le roi des Bulgares. -- Point du tout, dit-il, car je ne l'ai jamais vu. -- Comment ! c'est le plus charmant des rois, et il faut boire sa sant. -- Oh ! trs volontiers, messieurs ; et il boit. C'en est assez, lui dit-on, vous voil l'appui, le soutien, le dfenseur, le hros des Bulgares ; votre fortune est faite, et votre gloire est assure. On lui met sur-le-champ les fers aux pieds, et on le mne au rgiment. On le fait tourner droite, gauche, hausser la baguette, remettre la baguette, coucher en joue, tirer, doubler le pas, et on lui donne trente coups de bton ; le lendemain il fait l'exercice un peu moins mal, et il ne reoit que vingt coups ; le surlendemain on ne lui en donne que dix, et il est regard par ses camarades comme un prodige.

Candide, tout stupfait, ne dmlait pas encore trop bien comment il tait un hros. Il s'avisa un beau jour de printemps de s'aller promener, marchant tout droit devant lui, croyant que c'tait un privilge de l'espce humaine, comme de l'espce animale, de se servir de ses jambes son plaisir. Il n'eut pas fait deux lieues que voil quatre autres hros de six pieds qui l'atteignent, qui le lient, qui le mnent dans un cachot. On lui demanda juridiquement ce qu'il aimait le mieux d'tre fustig trente-six fois par tout le rgiment, ou de recevoir la fois douze balles de plomb dans la cervelle. Il eut beau dire que les volonts sont libres ; et qu'il ne voulait ni l'un ni l'autre, il fallut faire un choix ; il se dtermina, en vertu du don de Dieu qu'on nomme libert, passer trente-six fois par les baguettes ; il essuya deux promenades. Le rgiment tait compos de deux mille hommes ; cela lui composa quatre mille coups de baguette, qui, depuis la nuque du cou jusqu'au cul, lui dcouvrirent les muscles et les nerfs. Comme on allait procder la troisime course, Candide, n'en pouvant plus, demanda en grce qu'on voult bien avoir la bont de lui casser la tte ; il obtint cette faveur ; on lui bande les yeux, on le fait mettre genoux. Le roi des Bulgares passe dans ce moment, s'informe du crime du patient ; et comme ce roi avait un grand gnie, il comprit, par tout ce qu'il apprit de Candide, que c'tait un jeune mtaphysicien, fort ignorant des choses de ce monde, et il lui accorda sa grce avec une clmence qui sera loue dans tous les journaux et dans tous les sicles. Un brave chirurgien gurit Candide en trois semaines avec les mollients enseigns par Dioscoride, Il avait dj un peu de peau et pouvait marcher, quand le roi des Bulgares livra bataille au roi des Abares.


CHAPITRE TROISIÈME

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COMMENT CANDIDE SE SAUVA

D'ENTRE LES BULGARES,

ET CE QU'IL DEVINT


Rien n'tait si beau, si leste, si brillant, si bien ordonn que les deux armes. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversrent d'abord peu prs six mille hommes de chaque ct ; ensuite la mousqueterie ta du meilleur des mondes environ neuf dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter une trentaine de mille mes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie hroque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il tait en cendres : c'tait un village abare que les Bulgares avaient brl, selon les lois du droit public. Ici des vieillards cribls de coups regardaient mourir leurs femmes gorges, qui tenaient leurs enfants leurs mamelles sanglantes ; l des filles ventres aprs avoir assouvi les besoins naturels de quelques hros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, demi brles, criaient qu'on achevt de leur donner la mort. Des cervelles taient rpandues sur la terre ct de bras et de jambes coups.

Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait des Bulgares, et des hros abares l'avaient trait de mme. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou travers des ruines, arriva enfin hors du thtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle Cungonde. Ses provisions lui manqurent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde tait riche dans ce pays-l, et qu'on y tait chrtien, il ne douta pas qu'on ne le traitt aussi bien qu'il l'avait t dans le chteau de monsieur le baron avant qu'il en et t chass pour les beaux yeux de Mlle Cungonde.

Il demanda l'aumne plusieurs graves personnages, qui lui rpondirent tous que, s'il continuait faire ce mtier, on l'enfermerait dans une maison de correction pour lui apprendre vivre.

Il s'adressa ensuite un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charit dans une grande assemble. Cet orateur, le regardant de travers, lui dit : Que venez-vous faire ici ? y tes-vous pour la bonne cause ? -- Il n'y a point d'effet sans cause, rpondit modestement Candide, tout est enchan ncessairement et arrang pour le mieux. Il a fallu que je fusse chass d'auprs de Mlle Cungonde, que j'aie pass par les baguettes, et il faut que je demande mon pain jusqu' ce que je puisse en gagner ; tout cela ne pouvait tre autrement. -- Mon ami, lui dit l'orateur, croyez-vous que le pape soit l'Antchrist ? -- Je ne l'avais pas encore entendu dire, rpondit Candide ; mais qu'il le soit ou qu'il ne le soit pas, je manque de pain.

-- Tu ne mrites pas d'en manger, dit l'autre ; va, coquin, va, misrable, ne m'approche de ta vie. La femme de l'orateur, ayant mis la tte la fentre et avisant un homme qui doutait que le pape ft antchrist, lui rpandit sur le chef un plein... O ciel ! quel excs se porte le zle de la religion dans les dames !

Un homme qui n'avait point t baptis, un bon anabaptiste, nomm Jacques, vit la manire cruelle et ignominieuse dont on traitait ainsi un de ses frres, un tre deux pieds sans plumes, qui avait une me ; il l'amena chez lui, le nettoya, lui donna du pain et de la bire, lui fit prsent de deux florins, et voulut mme lui apprendre travailler dans ses manufactures aux toffes de Perse qu'on fabrique en Hollande. Candide, se prosternant presque devant lui, s'criait : Matre Pangloss me l'avait bien dit que tout est au mieux dans ce monde, car je suis infiniment plus touch de votre extrme gnrosit que de la duret de ce monsieur manteau noir et de madame son pouse.


Le lendemain, en se promenant, il rencontra un gueux tout couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rong, la bouche de travers, les dents noires, et parlant de la gorge, tourment d'une toux violente et crachant une dent chaque effort.


CHAPITRE QUATRIÈME

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